"Malgré les grands progrés que je fais en allemand, il est clair que j'y suis venu trop tard, et que je ne parlerai jamais cette langue comme le français. Je ne le regrette pas trop". Michel Tournier, "Le Roi des Aulnes".

12 février 2007

C'est loin Corte, très loin

Sans dramatiser l'événement outre mesure, il s'agit très certainement du dernier post adressé sur ce blog. Rassurez-vous, nombreux et fidèles lecteurs, ce n'est que partie et adresse URL remise. Je migre sur la concurrence, las des soubresauts incontrôlables de blogger. Dommage car on commençait à s'habituer et à profiter des référencements expresses sur google.fr.

Pour ne pas abandonner mes lecteurs - dont je me permets de rappeler le profil moyen selon le dernier sondage effectué par téléphone les 3 et 4 février dernier sur un panel de 1004 lecteurs quotidiens ou réguliers* de ce blog en France et en Allemagne : amateur de football, de littérature hongroise, de Bill Clinton et de Lionel Jospin - je livre une dernière note qui les fera à n'en pas douter se poiler de rire, comme seuls les juristes savent le faire.

Alors que j'étudiais studieusement et avec conscience professionnelle le cas qui était soumis cet après-midi à ma sagacité (une succession franco-ukrainienne, testament en russe, décès en Ukraine, maison vers Marseille, trois frères), je tomba nez-à-nez avec les délais strictement impartis aux héritiers pour déposer la déclaration de succession auprès de la recette des impôts compétente. Les délais fluctuent selon le lieu de décès (le "de cujus").

Les informations suivantes ne sont pas truquées:

En cas de décès en France, les héritiers disposent d'un délai de 6 mois à compter du décès pour déposer la déclaration de succession;

en cas de décès à l'étranger (c'est mon cas), les héritiers disposent de 6 mois supplémentaires, soit 12 mois pour faire cette déclération;

en cas de décès outre-mer, cela varie entre 6 et 12 mois;

en cas de décès en Corse, le délai est porté à 24 mois.


Commentaire de mon collègue italo-allemand: "J'ai toujours pensé que la Corse était plus loin de la France que Tombouctou".


* par régulier, il faut entendre un minimum de 5 visites par semaine

29 janvier 2007

L'ordre juste à Paris, c'est juste

Saut de puce à Paris ce week-end pour m'assurer que tout était bien en ordre: la presse française ne parle que de Sarkozy et de Royal, la circulation n'a jamais été aussi pénible dans les rues de la capitale et mes anciens camarades de jeu du bon vieux de temps de la rue Rollin (l'Iep à Lyon) n'ont pas changé, sauf qu'ils font des enfants et voteraient presque pour Bayrou.

S'agissant de la circulation à Paris, il y aurait de savantes notes à écrire. L'éradication, ou tout du moins l'exclusion complète de la voiture du centre de la ville, me semble un moindre mal. Question d'hygiène. Récemment, une tribune dans Libé hurlait sur la politique conduite par la mairie. Ils tuent Paris... écrivait l'écrivain. Faut rien exagérer.

Au fait, Thibaut et Thomas, vous allez pas voter Bayrou, hein ? Eh, faîtes pas les cons, c'était une blague, c'est ça ? C'était pour me faire une farce ? Pour réveiller le militant qui sommeille depuis 2002, c'est bien ça ? Eh...


23 janvier 2007

Justice militaire et justice niçoise

Gastro-entérite et retard des chemins de fer allemand ont en commun d'offrir à leurs malheureuses victimes de longues plages de lecture. Ayant par nature l'estomac fragile et voyageant chaque jour sur la Bahn, l'occasion m'est régulièrement donnée de revisiter la bibliothèque du salon. Les récentes livraisons nous emmènent - c'est étonnant - sur les traces de la Justice, de la politique et de l'éthique.

Débutons par un ouvrage qui est trop rarement cité parmi la bibliographie relative à Mendès France et qui relate son procès à Clermont-Ferrand en 1941. Jean-Denis Bredin retrace dans "Un tribunal au garde-à-vous" les derniers jours de la IIIe République, l'exode vers Bordeaux et la mise en place du régime de Vichy. Le regard de l'avocat-écrivain sur la procédure pénale dirigée conjointement par l'armée française et l'Etat français contre Mendès France offre une description technique et romanesque de faits historiques bien sinistres. L'exemple du procès de Mendès permet au lecteur de mieux appréhender la réalité de Vichy et la psychologie de ses acteurs. En refermant le livre, on ne peut s'empêcher de s'interroger sur l'avenir des magistrats de Clermont-Ferrand à la Libération et sous les Républiques suivantes.

Autre temps, mais pas forcément autres moeurs. C'est en substance l'enseignement qu'il est possible de tirer du livre Document (ainsi que l'éditeur le désigne en couverture) d'Eric de Montgolfier, tour à tour procureur à Chambéry, à Valenciennes puis à Nice, coupeur de têtes (Tapie, Johnny, les francs-maç'), incarnation de la droiture de la magistrature et de son indépendance.

L'incorruptible met le lecteur en garde immédiatement : il n'est pas écrivain. Il conviendra de lui pardonner pour ne s'intéresser qu'au fond de ses propos et de sa pensée. On sent très vite que l'homme s'apprécie et la plume s'en fait sentir, relatant ses exploits judiciaires, ses prises de position courageuses, forcèment, son indépendance d'esprit, son indépendance et son refus de la soumission hiérarchique.

On lui pardonne vite car de Montgolfier convainc tout aussi vite son lecteur de la justesse de son propos et de son analyse. "Le devoir de déplaire" devrait assurément faire partie des lectures obligatoires à l'entrée de l'Ecole Nationale de la Magistrature.


09 janvier 2007

Fünf Dinge, die Sie vermutlich von mir nicht wissen

Toujours à la pointe de la blogosphère, tel notre phare dans l'océan obscur du net, Arnaud Meunier - dont l'éloge dans ces pages n´aura que trop insuffisamment été célébré - nous rappelle combien les bloggeurs forment une seule et même communauté (cela est écrit non sans arrière pensée, tant notre homme abhorre le thème de communauté du net).

L'ancien camarade scout de la Croix-Rousse m'invite à dévoiler "5 choses que vous ne saviez probablement pas à mon sujet", avant de passer le relais à 5 autres bloggeurs, etc. Arnaud s'est bien sûr prêté au jeu. Il aurait peut-être pu préciser qu´il avait collé des affiches pour Robert Hue à Sc Po Lyon, mais c´est vrai que tout le monde est déjà plus ou moins au courant.

La chaîne semble ainsi remonter de blogs en blogs, tout droit sorti d'un esprit enfûmé dans un bar du vieux San Francisco. En parlant de San Francisco, j´ai entendu ce matin en voiture une chanson de Gérard Lenorman, "Pour un flirt, etc". Commentaire de l´animatrice allemande : "Au fait, c´est quoi, un flirt ? Un jeu où l'on ne sait pas si on est encore au stade des qualifications ou déjà en final". Que de souvenirs. En voilà 5 autres:

1. J´ai serré deux fois la main de Lionel Jospin (la gauche en 1995 à Quetigny, la droite en 1997 à Strasbourg), une fois celle de Laurent Fabius (le droite à Grenoble en 2000).

2. J´ai déjà participé à 6 courses à pied de dix kilomètres (Mâcon deux fois, Dijon, Le Creusot, Beaune, Saint-Appolinaire). Toujours en des temps que j´ai personnellement jugés raisonnables, mais qui faisaient bondir mon grand-père, champion de Bourgogne de course à pied sur 5.000 et 10.000 m (il a battu Mimoun à Genève, respect).

3. Mon père était parachutiste. Il a été envoyé en mission comme casque bleu au Liban, au Tchad, pour faire respecter les lois internationales et libérer les peuples asservis de leurs chaînes. Il a une toute autre version de son Histoire, mais je préfère retenir celle-là. Ce "paramètre" m´a conduit deux années à Djibouti, sur la Corne de l´Afrique.

4. Je me surprends parfois à penser que la LCR a raison.

5. J´aimerais bien m´y connaître un peu plus en informatique. Malheureusement, malgré d´indéniables efforts, j´ai lâché prise avec le monde informatique depuis Atari et le TO7.

A mon tour désormais d´adresser un appel à poursuivre cette chaîne à 5 bloggueurs (-ses). Citons : Marie-Agnès, Régis Juanico, Benoît Hamon, Maître Eolas et Philippe Bilger.

08 janvier 2007

Sie sind Koch

Au hasard d'un clic ce jour sur le web allemand, je tombe nez-à-nez avec un test en ligne à réaliser en quelques secondes. Le site du Süddeutsche Zeitung propose un avant-goût de l'Einbürgerungstest servi aux candidats à la naturalisation allemande par le très libéral ministère de l'Intérieur de Hesse.
Une parenthèse géopolitique : la Hesse est un Land occidental fort peuplé, composé de ville comme Francfort-sur-le-Main, et dirigé par un conservateur, Roland Koch, ayant trempé dans les plus sombres magouilles des caisses noires de la CDU, mais qui est malgré tout triomphalement réélu à chaque élection. Sur un plan idéologique (que d'honneur...), la politique intérieure de Koch se situe entre Chevènement et Sarkozy.
Autant dire que mes espoirs étaient grands quand les premières questions me sont apparues sur l'écran. Nennen Sie ein deutsches Mittelgebirge, Wann wurde die Bundeswehr gegründet?, Was gelang dem deutschen Wissenschaftler Otto Hahn erstmals 1938?, etc.
Je conseille aux germanistes de tenter cette expérience et à tous les curieux qui souhaitent savoir s'ils sont suffisamment cultivés pour mériter la citoyenneté allemande ... de Hesse. Pour la petite histoire, j'ai - malgré des lacunes certaines, surmontées au pifomètre - obtenu la bagatelle de 17 points sur 20. Avec ce commentaire du Süddeutsche : "Sie sind schon knapp Deutschland. Fast alles richtig gemacht, nun fehlt nur noch das Sahnehäubchen zum Top-Deutschen. Für die hessische Einbürgerung langt´s auf jeden Fall".

06 janvier 2007

C'était vraiment très intéressant

Et dire qu'il aurait pu être élu:


04 janvier 2007

Les Allemands aiment Sautet

Ne trouvant pas encore les ressources suffisantes pour expérimenter le cinéma d'outre-Rhin, je profite paradoxalement de mon exil germanique pour parfaire ma connaissance du cinéma français.

Il est vrai que les Allemands vous invitent regulièrement à revisiter certains grands classiques. La collection DVD éditée par le Süddeutsche incluait ainsi l'an dernier Les choses de la vie de Sautet, avec un petit article sympathique expliquant comment le réalisateur décrit avec talent la société française des années 70 et pourquoi Michel Piccoli n'apparait jamais sans une clope au bec à l'écran. Bel exploit artistique.

Les Allemands semblent affectionner le genre cinématographique à la Sautet. La bande de copains, les états d'âme, les relations humaines, les attitudes, les habitudes vestimentaires, culinaires,... le cinéma de Claude Sautet doit sans doute un peu incarner l'existence française rêvée et phantasmée par les Allemands.

En visionnant Vincent, François, Paul et les autres... l'autre soir, j'ai découvert un film en définitive moderne, qui doit autant à ses acteurs qu'à son (ses) histoire(s) et son esprit. La scène où Piccoli sollicite Montand et Reggiani pour obtenir des témoignages dans le cadre de son divorce doit se jouer encore fréquemment dans l'hexagone. Quand aux enfants qui mettent le feu à la maison malgré la surveillance de leurs mères...

31 décembre 2006

Et si on sortait ?

Bref passage à Dijon, le temps d'un cinéma au Desvoge. C'est un blind test: quel film avons-nous vu ? Un indice...





16 décembre 2006

La liberté nous écoute

La France a peur

Un ami anonyme s'alarmait récemment, au moyen d'un mail groupé, des difficultés du métier de journaliste en France. Pour étayer son propos, l'honnête homme nous invitait à visualiser une vidéo plutôt explicite. A voir au plus vite.
Le message de Thibaut m'a rappelé un article paru il y a quelques semaines dans le Süddeutsche Zeitung. Etant désabonné depuis plus d'un mois maintenant, j'ai retrouvé l'article en question dans un amas de vieux journaux entassés sous mon bureau. Celui-ci, sobrement intitulé "Ost-West-Verbreiterung" - ce qui pourrait signifier "Diffusion orientale et occidentale", voire "Elargissement Est-Ouest" - traite des projets du groupe Springer.
La France est concernée au premier rang puisque les éditions Springer envisagent très sérieusement de lancer une version française de BILD-Zeitung, leur produit phare ("Flaggschiff" auf deutsch) dès l'automne 2007. Les fonds auraient déjà été approuvés par la direction allemande et les résultats du numéro zéro du französisches Bild seraient plus qu'encourageant. Il ne manquerait plus que l'aval du Conseil de surveillance du Groupe pour concrétiser le projet.
L'article explique que le marché français est "schwierig" (difficile) et que le groupe a déjà tablé sur 60 millions d'euros de perte la première année. Il serait compliqué également de trouver des journalistes "appropriés" ("geeignete Journalisten"). En effet, Boulevard-Journalismus à la Bild gibt es in Frankreich nicht : la presse de boulevard façon Bild n'existe pas en France. Une aubaine pour Springer qui compte bien occuper le créneau. Son gérant à Paris, Rémy Dessarts deviendrait ainsi rédacteur en chef du futur journal et le numéro deux devrait être Dider Pourquery, débauché de chez Métro.
Une autre difficulté rencontrée par le groupe Springer resterait la question de la diffusion même du quotidien. La chaîne de distribution en France "est en effet dominée par le syndicat CGT, légèrement communiste sur les bords" ("Ein weiteres Grossproblem ist der monopolisierte Vertrieb, den die Kommunistisch angehauchte Gewerkschaft CGT dominiert"). Outre-Rhin, les valeurs communistes ne font pas tous les jours la une du Bild, il est vrai.
Reste le problème du titre.
"Bild Zeitung", c'est pas très vendeur, sauf à Strasbourg. Et encore.
Même si nous pouvons compter sur Rémy Dessarts et Dider Pourquery pour nous trouver, en germanistes avertis, la meilleure adaptation française, quelques suggestions peuvent être avantageusement avancées : "L'indécent", "Cynisme, sexe et capitalisme", "Beauf Zeitung", "Le magazine du gros nanar".
Je reconnais volontiers mon manque d'inspiration sur la question. Pour la suite, je vous renvoie à la version originale.

08 décembre 2006

Atouba, Hambourg et les supporters

L'affaire m'est venue aux oreilles hier après-midi, jeudi, par internet.
Un joueur du HSV, le club de football de Hambourg, aurait fait montre d'une certaine vulgarité envers les supporters présents mercredi soir lors du dernier match de Ligue des Champions contre le CSKA Moscou en levant le majeur à leur adresse. Le footballeur ayant eu l'idée de reproduire son geste à plusieurs reprises, celui a été capté par les photographes présents autour du terrain.
Les journaux allemands n'ont fait leur choux gras de l'épisode que ce matin, vendredi. La condamnation a été unanime. Le joueur a eu un comportement indigne et a mérité la sanction infligé par son club de deux matchs fermes de suspension. Welt Kompakt, que je découvre dans le train ce matin, et le Frankfurter Rundschau, journal plutôt d'inspiration libérale de gauche (je sens que je vais susciter un immense débat sur la notion de libéralisme de gauche...) se sont contentés de reprendre les dépêches de presse : Timothée Atouba s'est mal comporté mercredi soir. C'est une bien mauvause image du football qu'il montre là, le jeune garçon. Les deux quotidiens ne se privent pas par ailleurs de montrer Atouba "en pleine action".
Le quotidien L'Equipe, de l'autre côté du Rhin, nous raconte une toute autre histoire. Il est possible de se procurer l'édition du jour à la gare de Düsseldorf pour la modique somme de 2,00 euros, contre 0,80 euros en Métropole. C'est parfois rageant, vu l'épaisseur du canard certains jours.
L'Equipe donc donne sa version de l'affaire Atouba, en publiant une interview du joueur. La photo qui illustre l'article montre le joueur de Hambourg quelque peu désemparé, les bras à l'horizontal en signe d'interrogation. Un gros titre entre guillemets barre la page : "Une réaction à l'insupportable".
On apprend par le quotidien français que Timothée Atouba a été copieusement insulté par les supporters de son propre club durant tout le match en raison, semble-t-il, d'une prestation moyenne. Il parle de "cris, d'insultes". Il faut comprendre les imitations de cris de singe qui sont désormais monnaie courante dans certains Kops de supporters. Atouba explique même avoir été accroché par un de ses propres coéquipiers...
Le footballeur demande à sortir du terrain à la 69ème minute du match, ne pouvant plus continuer à jouer dans ses conditions. Son entraîneur refuse. Atouba ne céde pas. L'Equipe explique qu'il s'en prend alors violemment au staff de son équipe et aux fans qui l'insultent. Il est finalement expulsé du terrain... par l'arbitre. Le joueur d'origine camerounaise sera ensuite suspendu deux matchs par son propre club.
Morale de l'histoire (selon la presse française) ? C'est Atouba qui l'expose aux journalistes de L'Equipe : "... je suis suspendu deux matchs, décision prise par le directeur sportif ! Je lui ai dit que ce geste, c'était un signal d'alarme et qu'il doit tenter de le comprendre à défaut de l'excuser. En vous rangeant de cette manière du côté des fans, vous acceptez leur façon de s'exprimer. Dans l'avenir, vous n'allez plus engager de joueurs comme moi..."
Morale de l'histoire (selon la presse allemande) ? Ce sont les journalistes sportifs de Welt Kompakt qui nous la livre : "Die Undiszipliniertheit war für Atouba der Tiefpunkt eines Jahres, in dem er mehr Schlagzeilen durch Verletzungen und höhere Gehaltsforderungen machte als durch sportliche Taten". En traduction libre : "Cet acte indiscipliné a été pour Atouba le point d'orgue d'une année, durant laquelle ses blessures et ses exigences salariales ont plus souvent fait la une des journaux que ses exploits sportifs ".

03 décembre 2006

Düsseldorf in Burgund

Mon grand-père est un homme extraordinaire.

Profitant d'un périple fort bref ce jour en Bourgogne, il m'a remis non sans malice une de ses dernières trouvailles, chinée à une vente au bénéfice d'Amnesty International. Chaque année, rituellement, mon grand-père part à Autun participer à la foire aux livres d'Amnesty.

Des portes du Morvan, il m'a rapporté un ouvrage fort étrange, en trois langues, style BD, intitulé Schönes altes Düsseldorf, du totalement inconnu Heinz Peters. Le livre rassemble de belles images de Düsseldorf avant et après guerre, notamment de son centre historique alors encore épargné par la guerre et les bombes alliées.

Comme l'indique la couverture : "Ce livre réunit ce qu'il y a d'ancien et ce qu'il y a de beau à Düsseldorf". Autant dire que Heinz Peters aime les défis.


En feuilletant les 70 pages de l'ouvrage, une enveloppe s'est échappée. 10 cm sur 5, type carte de visite légérement grossie.

Une écriture un peu maladroite dessus, à l'encre noire: "Monsieur Eugène Midol Monnet". Je ne suis pas complétement sûr pour Midol.


J'ouvre naturellement l'enveloppe: "Vivent les années soixante dix !"


Juste quelques phrases, écrites avec un peu plus d'assurance, signées et datées du 13 mars 1970.

23 novembre 2006

Köln, den 23. November um 18:35

Impression d'ambiance en gare de Cologne ce soir, après 10 heures de boulot face à un écran d'ordinateur.
Des militaires de la Bundeswehr - ou presque - à l'entrée de la gare et une meute d'anglophones hurlant à l'intérieur. L'impression que personne ne maîtrise rien, sauf le vendeur de Kölsch, non loin du distributeur automatique de billet.
Jeudi soir ? Soirée coupe UEFA. Cela ne risque pas de concerner Cologne, relégué en deuxième division il y a quelques semaines.
En remontant vers Düsseldorf, j'opte plus vraissemblablement pour Leverkusen. La ville n'est pas très loin de Cologne et le stade est tout près de la gare. Et le club du Bayer joue en coupe d'Europe, lui.
Je ne prends pas le train demain, mais la victoire de Tottenham ce soir 1 à 0 sur le terrain du Bayer est sans doute préférable pour tout le monde, surtout pour les usagers de la Bahn.

20 novembre 2006

Lettre à France-Ségolène

Chère Ségolène,

Les mauvaises langues écriront sans doute - dans la précipitation, ils sont déjà pardonnés - que je t'ai peu ménagé au cours de ces dernières semaines sur ce blog investi par les strauss-khaniens et autres partisans de Laurent Fabius.
A mon corps défendant, Ségolène !, à mon corps défendant ! J'ai dû opter durant le débat interne qui a eu cours au Parti socialiste pour une ligne social-démocrate et européenne. Que ce fût dur. J'ai souffert. J'ai été contraint d'écouter la rengaine sur la relance de la construction de l'UE par Strauss, la revalorisation des services publics par Fabius et d'autres trucs sur une croissance forte et juste par les deux mêmes.
Mais j'ai été patient. Je n'ai pas craqué. J'ai toujours cru en la force de nos Régions.

Et nous voilà enfin réunis, Ségolène. Toi, les militants. Débarrassés de ces deux ulibrius, et de tous les autres d'ailleurs, qui asphixiaient le Parti depuis tant d'années. Tu nous en débarrasses, Ségolène ?

Pas tout de suite ?

L'an prochain, alors ?

D'accord.

Ce sera bien, l'an prochain.


Un militant

17 novembre 2006

Der Dreikäsehoch

Dreikäsehoch, c'est une "demi-portion" en language populaire allemand. Plutôt dans son sens péjoratif d'ailleurs. Ainsi, il est préférable de ne pas aborder les autochtones par cette délicieuse appellation sous peine d'être soi-même transformé en Dreikäsehoch.
Plus gai, le mot signifie aussi "bout de chou". Le problème demeure néanmoins. Et je vous déconseille toujours d'aborder l'homme du cru par un amical Dreikäsehoch !, sans risquer le quiproquo (Das Quiproquo en Allemand, souvent le même qu'en France).
Mais Dreikäsehoch, c'est aussi le "gamin haut comme trois pommes". Et là, ça interpelle forcément. Outre-Rhin, on serait donc plutôt "haut comme 3 fromages" (Drei - Käse - Hoch).
Après de longues recherches, voici un début de réponse sur cette différence essentielle qui aura contribué à brouiller la compréhension mutuelle de nos deux peuples:

Dreikäsehoch
Die umgangssprachliche Bezeichnung "Dreikäsehoch", wird auch heute noch verwendet, um einem Kind, dass sich ein wenig zu sehr aufspielt klarzumachen, dass es doch noch ein wenig zu klein dazu ist. Der Begriff spielt auch tatsächlich auf die Höhe dreier aufeinandergestapelter Käseleiber an, die die "Gernegroßen" in der Regel nicht überschreiten. Korrekter wäre allerdings wohl eher die Bezeichnung Vierkäsehoch.

13 novembre 2006

Ni vu, ni connu

Les "rénovateurs" (pro-Montebourg) en campagne pour la candidature de Ségolène Royal nous prient d'insérer les articles suivants en vue d'étayer le débat ayant cours sur le présent blog:


Arnaud Montebourg dénonce la "marchandisation du soutien scolaire"
11 novembre

Suite à la diffusion d’une video où Ségolène Royal propose que les enseignants de collège combinent cours et soutien scolaire, Arnaud Montebourg, dénonce la "marchandisation du soutien scolaire". Le 10 novembre, il était sur Europe 1 dans l’émission Europe midi invité de Luc Evrard, voici le script de l’entretien.

Luc ÉVRARD Les débats officiels de la campagne interne au Parti socialiste sont clos depuis hier. Tout s’est passé dans le calme devant les militants à Toulouse, mais la campagne proprement dite se poursuit avec des méthodes pas toujours très glorieuses. Une vidéo pirate circule depuis hier sur Internet dans laquelle Ségolène ROYAL évoque devant les militants l’idée de contraindre les enseignants à faire 35 heures de présence effective dans les établissements scolaires. Proposition explosive s’il en est quand on connaît l’importance de la phalange enseignante au Parti socialiste. Brigitte BEJEAN. Ah, Brigitte BEJEAN n’est pas des nôtres mais Arnaud MONTEBOURG est avec nous. Bonjour.

Arnaud MONTEBOURG Bonjour.

Luc ÉVRARD Vous êtes porte-parole de Ségolène ROYAL. D’abord sur la forme : cette diffusion tardive d’un document pirate enregistré en janvier dernier à Angers, cela vous inspire quoi ?

Arnaud MONTEBOURG Ce sont des méthodes un peu curieuses, d’autant que dans une vidéo on peut choisir les passages, ne pas resituer dans le contexte. Ceci dit, ce qui apparaît est intéressant car Ségolène ROYAL évoque un pacte avec les organisations syndicales sur le métier d’enseignant, sur les méthodes de travail et sur la façon de différencier la pédagogie. De ce point de vue-là, ce qui est intéressant dans cette vidéo, c’est qu’elle pose le problème de la marchandisation des produits éducatifs et de l’éducation.

Luc ÉVRARD Oui, parce que ce que j’ai entendu, moi, en regardant cette vidéo, c’est aussi qu’elle met en cause les profs qui vont arrondir leur fin de mois dans des sociétés commerciales de soutien scolaire.

Arnaud MONTEBOURG Elle va surtout mettre en cause la façon dont se développent des soutiens privés d’entreprises qui sont, en effet, cotées en bourse et qui concernent aujourd’hui 2 milliards de chiffre d’affaires. 30 % de lycéens, 20 % de collégiens font appel à ces encadrements ou soutiens scolaires privés, ceux des parents qui peuvent se payer ce type de soutien ont plus de chance que les autres parents qui eux-mêmes n’ont pas ces moyens.

Luc ÉVRARD Est-ce que d’après vous c’est une bonne idée de doubler le temps de travail des profs ? 18 heures aujourd’hui de présence effective, je veux dire, 35 heures demain.

Arnaud MONTEBOURG La question se pose de la réévaluation dans un rapport de loyauté avec les organisations syndicales avant les élections, et non pas après les élections, par derrière. C’est une question qui sera posée et qui est dans le projet socialiste : comment faire en sorte, pour accompagner les élèves, différencier la pédagogie par un soutien adapté à ceux qui ont plus de difficultés. Dans certains établissements où il faudra qu’en effet le temps de présence des adultes, et notamment des professeurs particulièrement soit plus important, comment imaginer qu’une mesure générale de 17 heures ou 15 heures sur la totalité du territoire, on puisse imaginer à rémunération en contrepartie augmentée, des temps de présence différents ? C’est cette différenciation qui est au cœur de la reconstitution d’un pacte avec les enseignants. Vous savez, quand on veut reconstruire un service public qui est aujourd’hui en crise - en crise, d’ailleurs, morale mais aussi en crise de déficience car il y a trop d’enfants qui sortent du système scolaire sans diplôme et sans qualification, il faut le faire à partir de sa sève la plus forte qui est le monde enseignant.

Luc ÉVRARD Excusez-moi, je voudrais en placer une. Cela veut dire quand même qu’à terme, des enseignants seront obligés d’aller faire à charge d’emploi, c’est-à-dire sans rémunération complémentaire, ce qu’ils font aujourd’hui de manière plus lucrative.

Arnaud MONTEBOURG Je pense qu’il vaut mieux que le service public se renforce en proposant des formules de soutien scolaire, d’encadrement des élèves, différenciées, personnalisées plutôt que de laisser au privé le soin de développer ce type de service. C’est plus égalitaire.

Luc ÉVRARD Merci. Merci Arnaud MONTEBOURG, porte-parole de Ségolène ROYAL.

L’Agence France Presse a diffusé la dépêche suivante le 10 novembre après-midi:
PARIS, 10 nov 2006 (AFP) - Arnaud Montebourg, porte-parole de Ségolène Royal, a dénoncé vendredi "la marchandisation du soutien scolaire", suite à la diffusion d’une vidéo où la candidate à l’investiture socialiste Mme Royal propose que les enseignants de collège combinent cours et soutien scolaire. "Le soutien scolaire doit pouvoir avoir lieu non plus dans le privé (...) au frais des familles mais au contraire dans le service public de l’éducation, pour tous les enfant qui en ont besoin et gratuitement", a déclaré M. Montebourg à l’AFP. Il a relevé que Mme Royal évoquait dans cet enregistrement pirate "un pacte à la loyale avec les organisations syndicales d’enseignant avant les élections pour redéfinir les différents aspects du métier d’enseignants". "Elle a également évoqué le phénomène dangereux de marchandisation du soutien scolaire", a-t-il ajouté en rappelant que les "entreprises de soutien scolaire privées réalisent 2 millirads d’euros de chiffre d’affaires et concernent 30% des lycéens et 20% des collégiens, la principale étant cotée en bourse". "La question des conditions de travail des professeurs", de leurs "rémunérations et de leur revalorisation" et de leur "présence" dans les établissements font "partie des choses qu’il faut mettre sur la table", pour M. Montebourg.

11 novembre 2006

17 heures de cours et puis basta




L'équipe de campagne de Ségolène Royal a frappé un grand coup ces derniers jours.
En laissant filtrer (ou en publiant elle-même directement) cette vidéo où la candidate à l'investiture socialiste explique vouloir réformer l'école de manière révolutionnaire, l'entourage de Mme Royal a finement joué.
Après avoir écouté ses propos, qui peut encore avoir le moindre doute sur la manipulation du camp Royal ? Qui ne saurait adhérer - sauf à démontrer leur absence de vérité - à ses propositions ? Il semble en effet pour le moins discutable de voir des professeurs de l'enseignement public dispenser des cours de soutien dans des institutions privées, favorisant les familles ayant les moyens de s'offrir cette aide au détriment des autres.
Que Mme Royal ait le courage de ses opinions et de ses idées, qu'elle affiche ouvertement la couleur et ses convictions profondes. Ses propositions sur l'école méritent d'être débattues. Encore faut-il qu'elle les assume. Elle gagnerait un peu en crédibilité et je me déciderai peut-être alors à changer mon vote. Pour l'heure, la ficelle est un peu grosse (französischer Begriff).

10 novembre 2006

Odes à la Bahn

Mon viel ami Thomas me faisait remarquer il y a quelques jours ici même que je traitais insuffisamment de la question des transports publics, et notamment ferroviaires, dans ce blog.
Il avait sans doute raison et il convient sans délai de combler cette lacune. Même si le présent billet ne prétend pas aborder de manière exhaustive cette thématique aux multiples ramifications, j'essayerai de la façon la plus impartiale possible de vous exposer le grand bordel qui règne dans les gares allemandes.
Depuis mon arrivée outre-Rhin, soit un peu plus d'an, je ne me souviens pas avoir pris un seul train partant à la fois à l'heure dite et arrivant à l'heure prévue. Non, vraiment. La Deutsche Bahn - la SNCF nationale - réussit cet incroyable exploit de mécontenter à peu près 99,99 % de ses passagers. Mes déplacements à Cologne par des trains régionaux bondés, lents et arrêtés quasi-quotidiennement dix bonnes minutes à Leverkusen, ou pire, à 2 km de la gare de destination, ont achevé de me convaincre que les chemins de fer allemands se foutaient de ses concitoyens.

Ma triste expérience de ce jour mérite d'être exposée d'un strict point de vue comptable. Düsseldorf-Münster ( en temps normal 1h20 de trajet) : 35 minutes de retard à l'aller; 25 minutes au retour.

Fermer le ban, ou mieux, la Bahn...

09 novembre 2006

Münster, Lyon, 1944-1987

Il n'a pas été encore question ici de mes voyages hebdomadaires à Münster, où chaque vendredi j'ai le bonheur "d'introduire au droit français" une trentaine de jeunes étudiants allemands, sélectionnés entre autres pour leur compétence linguistique. Je rassure tout le monde - et notamment leurs parents - les cours sont délivrés en V.O., soit en français. Demain, j'ai espoir de terminer l'Ancien Régime et d'aborder la Révolution et l'époque contemporaine. En deux fois 45 minutes, c'est un challenge.
L'université de Münster a une certaine réputation en Allemagne. Les grandes universités ne sont pas toutes à Berlin, même si celle de la capitale bénéficie d'une indiscutable aura. On ne peut qu'aimer Münster. Tout porte à croire que ette ville a été conçue pour son université. Et j'éprouve toujours un regret de ne pas avoir étudié là.
Lors de mon précédent voyage il y a quelques jours, pour le premier cours, j'ai un peu cherché mon chemin avant de retrouver les bâtiments de l'université, ceux-ci étant situés au coeur de la vieille ville. L'arrêt de bus m'a immédiatement troublé : de grandes photographies légérement floutées de deux visages. J'avais reconnu assez vite Jacques Vergès. J'ai réalisé un peu plus lentement que l'autre visage était celui de Klaus Barbie. Etrange accueil. Il s'agissait en réalité du bâtiment des études de droit pénal de l'université. Les deux photographies ont été prises lors du procès de Lyon, en 1987. Vergès a l'air très jeune. J'ai toujours regretté à Lyon n'être jamais allé voir les vidéos du procès rediffusés au Musée de la résistance et de la déportation, rue Berthelot.
Et c'est à Münster que tout cela me revient. Demain, j'essayerai d'en savoir un peu plus sur ces deux grands placards.

31 octobre 2006

Boris Palmer, roi de Tübingen

Vu cette brève dans le Süddeutsche il y a quelques jours: "Boris Palmer siegt in Tübingen". Boris Palmer est député régional écologiste du Bade-Wurtemberg, région frontalière de la France. Depuis 10 jours, il est Oberbürgermeister de Tübingen, petite ville universitaire au sud de Stuttgart où j'ai vécu deux mois il y a un an. Voici l'article en VO:

"Der Grünen-Landtagsabgeordnete Boris Palmer hat am Sonntag die
Oberbürgermeisterwahl im baden-würtembergischen Tübingen gewonnen. Der 34-Jährige erreichte nach dem vorläufigen Endergebnis überraschend im ersten Wahlgang mit 50,4 Prozent die erforderliche absolute Mehrheit der Stimmen.
Palmer wird damit der erste Grünen-Oberbürgermeister in der Universitätstadt.
Die bisherige Amtsinhaberin Brigitte Russ-Scherer (SPD) kam nur auf 30,2
Prozent. Sie hatte das Amt 1999 angetreten. Palmer wurde auch von Teilen der CDU
unterstützt, die nicht mit einem eigenen Kandidaten antrat. Die Wahlbeteiligung
betrug 51,6 Prozent."
Ah, hier, en rentrant en voiture, entendu une émission sur la WDR 5 évoquant les propos exhumés de Bourdieu sur Ségolène Royal. Les journalistes ne semblaient pas dupe du coup tiré par le propre camp socialiste sur sa possible future candidate. Ils s'étonnaient surtout qu'en France les hommes (et femmes) politiques soient toujours contraints de justifier de leur engagement et de leurs convictions politiques. Et de citer Royal, Fabius, etc. En Allemagne, on ne s'attarde en effet que très rarement sur les questions dites "de positionnement" et sur l'ancrage d'un tel à gauche ou les positions libérales d'un autre. Les carriéristes et opportunistes sont-ils moins nombreux outre-Rhin ? Sans doute pas. Les Allemands croient-ils encore à la politique alors ? Peut-être plus qu'en France. Et l'élection d'un jeune écolo dans une ville du Sud de l'Allemagne réputé à droite le montre assez bien.